Le Founder de Foundation Training : que montre la première étude scientifique ?
J’enseigne Foundation Training depuis plusieurs années et j’ai pu observer ce que la pratique du Founder peut faire découvrir à une personne : une autre manière de se tenir, de respirer, de répartir les tensions et surtout de se pencher en utilisant davantage ses hanches et en soutenant davantage son dos.
Mais l’expérience d’un instructeur, aussi riche soit-elle, n’est pas une étude scientifique.

Founder de Foundation Training par wanderborn.com
J’attendais donc avec beaucoup d’intérêt que Foundation Training commence à être étudié scientifiquement. Non pas que je manque de confiance dans la méthode, je vis et je vois ses effets au quotidien, mais les futures validations scientifiques seront très instructives et participeront à faire reconnaître et à ancrer la méthode, dont la genèse progressive remonte à 2007. C’est désormais lancé avec la publication, en août 2026, d’une étude préliminaire consacrée aux effets immédiats de l’apprentissage du Founder — mouvement emblématique de la méthode — sur la réalisation d’un pivot de hanche — un mouvement qui consiste à incliner le tronc en reculant les hanches plus qu’en fléchissant la colonne, avec relativement peu de flexion des genoux.
Étude originale : Hanney et al. (2026), Hip Hinge Kinematics and Movement Confidence Before and After Founder Exercise Instruction in Healthy Adults: A Preliminary Study : https://doi.org/10.3390/jfmk11030322.
Disons-le tout de suite : cette étude ne démontre pas que le Founder soigne le mal de dos, protège les disques ou réduit les contraintes exercées sur la colonne vertébrale. Elle ne permet même pas d’affirmer que la position obtenue après l’apprentissage est biomécaniquement meilleure.
Ce qu’elle fait, c’est de poser une première pierre, essentielle à la construction d’un mur complet : après environ huit minutes d’instruction et dix répétitions guidées, 33 adultes jeunes et sans douleur ont modifié de façon nette plusieurs caractéristiques de leur pivot de hanche. Ils ont également déclaré se sentir davantage en confiance dans leur capacité à utiliser ce mouvement.
Cette étude constitue donc moins une preuve d’efficacité thérapeutique qu’une première démonstration de la capacité du Founder à impacter positivement l’exécution d’un pivot de hanche. Elle mérite d’être regardée avec enthousiasme, mais aussi avec toute la précision nécessaire pour ne pas lui faire dire ce qu’elle ne dit pas.
Ce que les chercheurs ont fait
L’étude porte sur 33 adultes jeunes et en bonne santé :
- âge moyen : 25 ans ;
- 24 femmes et 9 hommes ;
- aucun antécédent significatif de douleur lombaire, pelvienne ou de hanche ;
- aucune personne souffrant actuellement du dos.
Chaque participant réalise d’abord trois pivots de hanche selon sa compréhension du mouvement.
Il reçoit ensuite :
- environ huit minutes d’enseignement individuel du Founder ;
- dix répétitions d’entraînement ;
- des consignes verbales et tactiles standardisées.
Un nouveau pivot de hanche est immédiatement filmé. Les chercheurs comparent alors certains angles articulaires en deux dimensions, ainsi que la confiance déclarée par les participants.
Le post-test ne consiste pas exactement à refaire naïvement le même mouvement. La consigne devient :
« Avec vos nouvelles connaissances et compétences, réalisez un dernier pivot de hanche. »
Cette formulation peut elle-même encourager les participants à montrer qu’ils ont compris et appliqué les instructions.
La vidéo ci-dessous est un tutoriel guidé du Founder avec Jessie Salas, en anglais.
Leurs résultats
Après l’apprentissage, les participants adoptent une position nettement plus proche de celle enseignée dans le Founder.
Les principales différences moyennes sont :
Flexion de hanche : 80,7° avant, 104,6° après ;
Mon regard : ça c’est intéressant, cela suggère que les participants ont modifié leur stratégie de mouvement et déplacé davantage le geste vers les hanches. Toutefois l’étude ne mesure pas précisément ce qui s’est passé entre les vertèbres lombaires et le bassin.
Flexion des épaules : 62,8° avant, 145,3° après ;
Mon regard : le Founder demande de lever les bras. Voir cet angle passer de 63° à 145° montre surtout que les participants ont suivi la consigne. Cette position des bras, spécifique et fréquente dans Foundation Training est utilisé avec l’intention de créer un levier musculaire via les grands dorsaux pour soutenir la position et la stabilisation du dos.
Angle craniovertébral : 25,7° avant, 11,2° après ;
Mon regard : cet angle plus faible indique que la position relative de la tête et de C7 a changé après l’apprentissage, mais on ne peut pas tirer plus de conclusions.
Largeur de position : 29,1 cm avant, 34 cm après ;
Mon regard : dans le Founder, l’écartement et l’orientation des pieds font partie des consignes destinées à organiser la position des hanches. Le fait que ces paramètres changent montre d’abord que les participants ont intégré l’enseignement reçu. Selon moi, ce placement spécifique aide à trouver un pivot de hanche plus ample et plus confortable, ce qui est logique d’un point de vue biomécanique. J’observe dans mes cours que cette approche permet de mieux charger les hanches et ainsi d’économiser la gouttière vertébrale. Cette première étude ne permet pas encore de confirmer l’efficacité biomécanique du placement des pieds ni d’en déduire une réduction des contraintes vertébrales.
orientation des pieds davantage tournée vers l’intérieur, conformément aux consignes données.
Le score total de confiance dans la réalisation d’une charnière de hanche passe d’une médiane de 40 à 49 sur 50.
Mon regard : ce résultat, issu d’un questionnaire rempli immédiatement après l’exercice, a ses limites en tant que preuve scientifique mais il reste néanmoins intéressant. La confiance que nous accordons à notre capacité de réaliser un mouvement influence notre engagement et notre comportement face à celui-ci.
Remarque : l’enseignement a été assuré par un étudiant en troisième année de kinésithérapie ayant reçu quatre heures de formation au protocole, puis validé des évaluations de compétence. Le recours à un script précis et au même intervenant pour tous les participants renforce la standardisation de l’expérience. En revanche, une intervention aussi brève, délivrée par une personne récemment formée, ne représente probablement pas toute la richesse d’un enseignement progressif assuré par un instructeur Foundation Training expérimenté.
Mon interprétation
Cette première étude montre surtout que le mouvement est rapidement enseignable. Cela suggère que le Founder peut constituer un outil rapidement assimilable pour enseigner une organisation particulière du pivot de hanche. Si j’extrapole cela à la pratique complète de Foundation Training, ce qui n’est pas un si grand saut au vu de sa cohérence globale, cela montre que le contexte des cours Foundation Training est tout à fait pertinent pour améliorer la manière dont quelqu’un comprend son corps et bouge au quotidien.
Dans mes cours, ce transfert vers le quotidien représente justement une part importante de l’enseignement. L’objectif n’est pas seulement de réussir une position pendant une séance, de soulager les douleurs chroniques du dos, des hanches, des épaules etc, mais aussi de développer une capacité de mouvement, une compréhension de l’utilisation de ses muscles pour moins surcharger ses articulations, dans son quotidien. Que ce soit dans les actions répétées au travail ou en loisir, que dans les positions statiques qu’on doit parfois maintenir et qui peuvent devenir inconfortables.
Bien entendu, d’un point de vue scientifique rigoureux, cette étude ne démontre pas que le mouvement enseigné est plus efficace, plus sûr ou thérapeutique. Comme je le disais, c’est la première pierre qui vient d’être posée. Avant de prouver l’impact thérapeutique sur des sujets douloureux il fallait déjà prouver que le mouvement peut être enseigné et reproduit, et qu’il modifie la façon de bouger de sujets en bonne santé.

Couverture du livre True to form du Dr Eric Goodman
Je considère le pivot de hanche, fondamental dans Foundation Training, comme l’une des grandes stratégies dont nous disposons pour approcher les mains du sol. Avec lui, l’effort est réparti entre les différentes articulations ce qui permet de n’en surcharger aucune en isolation. Il ne rend pas la colonne invulnérable et n’a pas vocation à supprimer toute flexion vertébrale. Il offre une option supplémentaire, particulièrement utile lorsque le geste doit être répété, accéléré ou réalisé avec une charge. C’est précisément ce que nous rencontrons quotidiennement.
Apprendre à utiliser davantage ses hanches enrichit alors ses stratégies de mouvement et ça c’est important.
Lorsque j’ai découvert Foundation Training, le changement le plus marquant était premièrement que j’ai pu me libérer de tensions chroniques dans le carré des lombes droit. Ensuite, j’ai développé une perception plus fine de la position de mon corps et des tensions qui s’accumulent au fil de la journée. Je remarque plus tôt ce qui se passe lorsque je conduis plusieurs heures, lorsque je me laisse absorber par un écran ou lorsque je reste longtemps debout dans une file d’attente ou pour le travail. Surtout, je dispose désormais de plusieurs stratégies pour modifier ma position, répartir différemment l’effort et retrouver davantage de confort. Les élèves de mon cours avec qui je discute m’ont fait des retours similaires. Ensuite, au-delà d’un meilleur contrôle et d’une plus grande amplitude articulaire, j’ai aussi observé un renforcement en endurance musculaire de ma chaîne postérieure, notamment de mes paravertébraux !
Les qualités de l’étude
Il faut saluer la rigueur scientifique de cette étude préliminaire :
- les auteurs emploient un langage remarquablement prudent. Ils écrivent eux-mêmes que leurs résultats ne démontrent ni amélioration du contrôle lombo-pelvien, ni augmentation du recrutement de la chaîne postérieure, ni réduction de la charge vertébrale. Ils évitent de transformer une modification d’angles en preuve thérapeutique ;
- les consignes ont été standardisées ;
- les corrections statistiques tiennent compte des nombreuses comparaisons ;
- la fiabilité des mesures a été examinée ;
- les limites sont décrites en détail ;
- l’étude n’a reçu aucun financement externe déclaré ;
- les auteurs ne déclarent aucun conflit d’intérêts.
Le mot de la fin

Le Founder avec Long Lever par Coach Paul – Instructeur Foundation Training
Cette étude ne répond pas encore aux grandes questions que je me pose sur Foundation Training. Mais elle contribue à rendre certaines de ces questions étudiables scientifiquement, au-delà de ce qu’on observe sur le terrain.
Deux autres études sont déjà en cours et étudient deux autres fondamentaux de Foundation Training, présents dans pratiquement toutes les positions : la respiration de décompression et l’ancrage.
Je suivrai et j’analyserai les prochaines publications avec la même exigence.
Si tu souhaites découvrir la méthode par la pratique, je t’ai mis des infos dans le lien ci-dessous :
Découvrir Foundation Training en français